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25 août 2012

Renoir : un peintre de courage


L’image du peintre Renoir est incontestablement 
associée à celle de ses mains déformées par des 
rhumatismes bilatéraux et symétriques. En retracer 
l’observation médicale  devrait être utile pour 
définir et préciser la maladie dont était affecté 
Renoir.

Tout le monde sait que Renoir  était atteint de rhumatismes qui affectaient plus particulièrement ses mains. Reconnus sans ambiguïté de nos jours comme étant la manifestation essentielle de la polyarthrite chronique évolutive ou polyarthrite rhumatoïde, les connaissances que l’on avait sur le sujet au 19è siècle, laissaient le médecin face à un grand mystère. Jean Renoir rapporte que tous les jours  le chauffeur de son père,  arrivait aux Collettes avec un nouveau médecin :
«  Ce dernier examinait Renoir, hochait la tête et déclarait que la science ignorait tout de cette forme de Rhumatismes » 

Trois affections dont le tableau clinique est très proche : arthrose, goutte et polyarthrite chronique évolutive n’étaient pas encore nettement séparées et, étaient englobées sous le terme d’arthritisme.


Pour identifier le plus clairement possible les Rhumatismes de Renoir, à défaut de pouvoir consulter un dossier médical, nous nous sommes basé sur l’analyse des écrits d’art le concernant. Chemin faisant, s’il était relativement facile de décrire les symptômes de la maladie de Renoir (présent message), il n’en était plus de même pour identifier la nature de la maladie ou pour mesurer son incidence dans la pratique de son art. (Nature et incidence seront traitées dans un prochain message).

La Maladie

        Les antécédents médicaux de Renoir notent la survenue d’une fracture du bras droit en 1880. Gustave Coquiot parlait déjà en 1882 de  rhumatismes qui n’avaient rien nous semble t-il de commun avec les manifestations ultérieures. Plus que de rhumatisme il s’agissait d’un sujet rhumatisant dont les articulations le faisaient souffrir par temps froid et humide, conditions climatiques auxquelles Renoir était particulièrement sensible.

      *  En fait les rhumatismes semblent avoir commencés au décours d’une chute de vélo le 10 août 1897. Un traumatisme considéré par certains comme déclencheur ou révélateur :
« En 1897 il se casse le bras droit lors d'une chute de bicyclette, ce qui déclenchera ses premières crises de rhumatisme musculaire  … qui le paralyseront peu à peu et le feront souffrir jusqu'à la fin de sa vie ».
Après cet accident les écrits, qui parlaient des rhumatismes de Renoir, étaient assez nombreux. Certains précisant leur existence, d’autres identifiant symptômes et aspects évolutifs de la maladie.
         Peu de temps après, l’accident,  Renoir rendait visite à Paul Cézanne au Jas de Bouffan  
« ... c'est là qu'il commence à ressentir les premières atteintes de rhumatismes dont il souffrira jusqu'à la fin de sa vie. »
         Selon Sophie Monneret :
« En décembre 1897, une violente crise de rhumatisme, interrompra de nouveau son activité intense dont témoignent les salons de 1898 et 1899, où il disposera d’une salle entière. »
« Puis ses sacrés rhumatismes ne s'amélioraient décidemment pas sous l'ordinaire temps parisien de ce moment de l'année : froid, pluie, brouillard et neige »
«  A partir de 1899 il commence à vivre dans le Sud en raison de ses rhumatismes. » 

Sur la base de l’existence des rhumatismes, le parcours des différents écrits concernant Renoir, fait apparaître les symptômes fondamentaux de sa maladie.

      *  Ce que l’on sait de ses rhumatismes dont les premières manifestations sont apparues au décours d’un accident, c’est qu’ils avaient débutés sur le mode aigu affectant initialement les mains. Dans les années 1897, 1898 :
«  Après ses séjours à Berneval et Essoyes en 1897 et 1898 Renoir est atteint d'une crise de rhumatisme aiguCe mal s’amplifiera au fil des année et finira par transformer ses mains.»  

     *  Ce rhumatisme à début brutal attaquera plusieurs autres articulations,  (genoux, rachis cervical, membres supérieurs etc.) au cours de l’évolution, classant la maladie dans le cadre nosologique de rhumatisme polyarticulaire. Dans une lettre de Mallarmé adressée à  Berthe Morisot en 1889, il  lui  apprenait que Renoir allait mieux après le coup de froid qu'il avait eu l'hiver 1888-1889. Pourtant :
« Un état de santé pénible qu'on eut crût définitif n'aura été qu'un mauvais tour de froid sans suite. Malheureusement il n'en est rien et les douleurs rhumatismales dont souffre alors Renoir au bras et à la tête sont les prémices du mal qui fera de la fin de sa vie un supplice. »

     *  La notion de douleurs fréquemment rapportées s’accorde avec la nature inflammatoire de la maladie. Roger Marx dans sa Biographie sur Renoir en fait état :
 « Dès 1889 on signale les premières atteintes des douleurs qui, plus tard, l'immobiliseront sans toutefois l'empêcher de peindre. Ces tortures n'auront point d'écho dans son art. »

     *  De son début en 1897 jusqu’à la veille de mourir ces rhumatismes étaient toujours présents. Cette chronicité avait été marquée par une évolution inexorable de la maladie 
                                         qui allait : 



1) déformer ses mains,
 « il souffre de plus en plus de rhumatismes qui lui déforment les bras et les mains. »
 « D'année en année sa figure s'émaciait et ses mains se recroquevillaient»
« Ses mains étaient affreusement déformées. Les rhumatismes avaient fait craquer les articulations repliant le pouce vers la paume et les autres doigts vers le poignet. Les visiteurs non habitués ne pouvaient détachés leurs yeux de cette mutilation. »
                            2) immobiliser  Renoir du fait de l’extension de la maladie aux jambes,
« la maladie raidit ses articulations, ossifie ses mains et ses jambes, l'immobilise  de plus en plus souvent »
« Au moment où il commença le portrait de Missia Godebska Edwards, mon père venait de traverser la plus terrible crise de rhumatisme qu'il eût éprouvé. Ses mains se déformèrent un peu plus... il se bourrait d'antipyrine et autres drogues et ne mangeait presque rien... certains jours il se sentait tellement ankylosé qu'il devait s'aider de deux cannes pour parcourir les quelques centaines de mètres de la maison à l'atelier. » 
« En 1912 la paralysie  s’accentue. Rayonnant malgré la douleur, et d'une effrayante maigreur, il voit en même temps son génie s'enhardir et son corps se pétrifier.  Ses mains recroquevillées ne peuvent plus rien saisir ; elles agrippent le pinceau plus qu'elles ne le tiennent. Sa peau est devenue tellement tendre que le contact du bois le blesse. Alors on lui met dans le creux de la main et entre les phalanges, un morceau de toile fine qui donne l'étrange impression qu'on lui a lié le pinceau à la main ».
                      3) altérer gravement son état fonctionnel et général. Selon Jean Renoir 
« Avant qu'il ne soit paralysé sa taille était de 1.76. A la fin en admettant qu'on ait pu le redresser, pour le mesurer, il eût sans doute était  un peu plus petit, sa colonne vertébrale s'étant  légèrement tassée. »

Nous voilà face à une maladie qui réunissait un certain nombre d’éléments : un début brutal, des mains déformées et douloureuses, une atteinte   polyarticulaire symétrique et bilatérale, la  chronicité d’une évolution marquée par le retentissement sévère tant sur le plan fonctionnel que général. L’ensemble de ses manifestations pouvaient appartenir à n’importe lequel des rhumatismes chroniques inflammatoires. Le démembrement de tels rhumatismes commençait, à s'individualiser à la fin XIXe siècle : trois maladies l’arthrose, la goutte et la polyarthrite chronique évolutive. Cette dernière étant la plus proche de la pathologie que présentait Pierre Auguste Renoir.

Bibliographie. Générale pour le message présent et le suivant.
<!--[if !supportLists]-->1.       <!--[endif]-->ANDERSEN Janice - La vie et l'œuvre  de Renoir - Bidgeman Art Library, 1994.
<!--[if !supportLists]-->2.       <!--[endif]-->ARON E., FLOUSSAED-BLANPINO. - La thérapeutique médicamenteuse à l'époque de Balzac. Sem. Hôpitaux. Paris 1999 ; 75 : n°35-36, 1437-1445.
<!--[if !supportLists]-->3.       <!--[endif]-->ASCH L. - Les médications rhumatismales. Une histoire édifiante. Sem. Hôpitaux. Paris 1996 ; 72 : n°19-20n 622-624.
<!--[if !supportLists]-->4.       <!--[endif]-->BOUCHET B. - Le Rhumatisme en France au siècle dernier (1830-1890). Médecine et armées, 1994, 22, 7, 563-566.
<!--[if !supportLists]-->5.       <!--[endif]-->COQUIOT Gustave - Renoir (avec 32 reproductions)  Editeur Albin Michel, Paris, 1925.
<!--[if !supportLists]-->6.       <!--[endif]-->DENVIR Bernard - Chronique de l'impressionnisme - L'histoire d'un mouvement jour après jour, Editions de la Martinière, 1993.
<!--[if !supportLists]-->7.       <!--[endif]-->Dictionnaire Universel de la Peinture - Le Robert, tome 5,
<!--[if !supportLists]-->8.       <!--[endif]-->DURET Théodore - Anciens et Modernes - Histoire des peintres impressionnistes, 4è édition, Librairie Floury, Paris 1939.
<!--[if !supportLists]-->9.       <!--[endif]-->GODEAU Pierre - Traité de médecine - Flammarion Médecine-Sciences, 1981.
<!--[if !supportLists]-->10.    <!--[endif]-->GIMPEL René - Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, Paris 1963
<!--[if !supportLists]-->11.    <!--[endif]-->HUISMAN George - Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs p. 690, Benezit, Tome 8, Editions Gründ.
<!--[if !supportLists]-->12.    <!--[endif]-->LAGIER R. - Quelques citations concernant des rhumatismes célèbres, référence pour les patients d'aujourd'hui. Sem. Hôpitaux. Paris, 1996 ; 72 : n° 29-30, 943-945.

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